mardi 27 mars 2012

Au Mali, sortir de la confusion à Bamako et du vide sécuritaire au nord

Le coup d’Etat militaire qui a renversé le président Amadou Toumani Touré (ATT) le 21 mars alors qu’une nouvelle rébellion touareg avait replongé le Nord du pays dans un conflit armé depuis le 17 janvier dernier est une catastrophe pour le Mali et pour toute l’Afrique de l’Ouest. Le putsch mené par le capitaine Amadou Haya Sanogo est une régression spectaculaire pour un des pays les plus avancés dans la région en matière de consolidation de la démocratie électorale et de la résolution des conflits par le dialogue. L’argument avancé par les sous-officiers qui apparaissent désormais quotidiennement sur les écrans de la télévision publique malienne pour justifier le renversement du président Touré est « l’incompétence du gouvernement », et particulièrement son incapacité à mettre à la disposition de l'armée le « matériel adéquat pour lutter contre la rébellion et les groupes armés dans le Nord ». En réalité, le putsch rend un extraordinaire service aux rebelles Touareg du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et au groupe armé Ansar Dine qui pourraient bien conquérir tout le grand nord quasiment abandonné par un armée malienne déboussolée.

La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) qui se réunit en urgence au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement à Abidjan (Côte d’Ivoire) ce 27 mars, doit en collaboration étroite avec l’Union africaine (UA) et les Nations unies, adopter une stratégie visant le départ sans délai de la junte, la restauration de la démocratie, le respect de toutes libertés civiles qui sont autant de conditions à la préservation de l’intégrité territoriale du Mali. La situation est bien plus grave qu’on pourrait le penser vu de Bamako où la vie semble redémarrer : groupes armés et milices communautaires peuvent très vite prospérer dans le nord et y créer durablement le chaos. Ces régions sont habitées par plusieurs communautés, et pas seulement par les Touareg qui sont eux-mêmes subdivisés en clans aux intérêts antagonistes, certains ayant combattu récemment pour le compte de Bamako contre les rebelles du MNLA. Ces derniers entretiennent une relation ambigüe avec le groupe Ansar Dine, conduit par un ancien rebelle et notable touareg Iyad Aghaly, et qui fait de l’imposition de la charia sa revendication principale, plutôt que l’autodétermination de l’Azawad, vaste région désertique regroupant les trois zones administratives de Gao, Tombouctou et Kidal.


L’émergence de groupes armés au nom de la défense de chaque communauté pourrait se traduire par des violences inédites sur les populations civiles dans une grande partie du territoire, pendant que les putschistes paradent entre Bamako et Kati, la ville garnison à 15 km de la capitale d’où est partie un coup d’Etat indéfendable. Il y avait certes de graves problèmes dans le Mali d’ATT derrière l’image d’une démocratie fonctionnelle et apaisée. L’incapacité d’un président en fin de règne à répondre au défi d’une nouvelle rébellion touareg au Nord et à trouver un remède à un malaise préexistant au sein de l’appareil militaire est essentielle pour comprendre les évènements du 21 mars. Ce malaise ne date pas du choc des revers militaires importants subis par les forces gouvernementales depuis le début des attaques de la rébellion du MNLA. En 2010, des rumeurs de complots contre le président et ancien général ATT avaient déjà circulé dans les cercles militaires à Bamako. Il était question de jeunes sous-officiers frustrés par ce qui ressemblait à une distribution de cadeaux de départ par le président à ses amis gradés et par la perception d’une corruption sans précédent des élites militaires et civiles proches du palais de Koulouba.


Dans ce contexte fragile, le conflit libyen, qui s’est soldé par l’élimination de Mouammar Kadhafi, a eu un impact dévastateur sur les équilibres précaires qui caractérisaient le Nord-Mali. L’afflux de combattants touareg revenus du pays de leur défunt parrain Kadhafi avec une qualité et une quantité d’armement sans doute jamais vues dans cette partie du désert saharien a brutalement changé le rapport de forces sur le terrain. La nouvelle donne libyenne s’est greffée à un mouvement contestataire touareg préexistant, le Mouvement national de l’Azawad (MNA), un groupe de jeunes activistes dénonçant la gestion par le régime du Nord du Mali, nourrie, selon eux, d’alliances avec des élites politiques locales corrompues et de collusion affairiste avec AQMI. La manne soudaine des armes libyennes a précipité le projet de lutte armée mais le déclenchement de la rébellion elle-même fait suite à de nombreuses tentatives infructueuses de Bamako d’engager le dialogue avec le MNLA.


La lassitude d’une partie de la population malienne à l’égard de la fin de mandat d’un président qui semblait dépassé par les évènements avait atteint un niveau tel que certains se réjouissent du coup d’Etat. Le cimetière des expériences politiques africaines est cependant rempli de transitions militaires qui ont mal tourné. Le capitaine Sanogo et ses hommes ne peuvent offrir de réponses aux défis urgents du pays, à commencer par le risque d’un vide sécuritaire absolu au nord et de la pérennisation d’une situation humanitaire désastreuse pour des centaines de milliers de civils. Il est réconfortant que la large majorité des forces politiques et sociales maliennes se soit exprimée clairement pour un retour à l’ordre constitutionnel et le départ immédiat de la junte. La Cedeao, l’UA et l’ONU doivent peser de tout leur poids d’autant plus que la gestion internationale du conflit libyen l’an dernier est en partie directement responsable de la crise. Laisser les putschistes maliens s’installer dans la durée reviendrait à exposer le pays à une régression extraordinaire, et accepter une déstabilisation en cascade de la bande sahélo-saharienne.


(Publié sur jeuneafrique.com le 27 mars 2012)

vendredi 23 décembre 2011

Côte d’Ivoire : les quatre pièges à éviter en 2012

Il y a un an, toute l’Afrique de l’Ouest était plongée dans l’anxiété. Son deuxième foyer de dynanisme économique après le Nigeria, devenu également depuis deux décennies son grand malade, basculait chaque semaine davantage dans le chaos et la guerre civile. En avril 2011, la défaite militaire du camp du président sortant et battu dans les urnes, Laurent Gbagbo, mettait fin à l’incertitude. En cette fin d’année, la Côte d’Ivoire est toujours traumatisée par le dénouement sanglant de la bataille pour le fauteuil présidentiel mais elle va mieux. La relance économique et les indices d’une meilleure gouvernance par le nouveau pouvoir pendant les six derniers mois doivent être reconnus, mais il est encore trop tôt pour proclamer que la longue crise politique est terminée. Le président Ouattara et le gouvernement qu’il doit mettre en place dans les prochaines semaines doivent résister à quatre tentations dans l’année à venir.

Résister à la tentation de gouverner seul

Boycottées par le parti de l’ancien chef d’Etat, le Front Populaire Ivoirien (FPI), les élections législatives du 11 décembre ont consolidé le pouvoir du président. Son parti, le Rassemblement des républicains (RDR), a obtenu la majorité des sièges, suivi de loin par le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) de l’ancien président Henri Konan Bédié. Le camp Ouattara, et en particulier les cadres influents du RDR, doit avoir la victoire modeste et considérer l’absence d’enthousiasme des électeurs pour les législatives – le taux de participation a été de 36 % - comme un indicateur de l’ampleur des efforts à faire pour réconcilier les Ivoiriens avec la politique et les institutions démocratiques.

Si le parti présidentiel abuse de sa position dominante, il finira par se mettra à dos une partie du PDCI et sera vite isolé sur la scène politique ivoirienne, d’autant plus que Bédié, dont la carrière politique tire à sa fin, aura de moins en moins de prise sur son parti. La perception qu’aura alors du régime Ouattara une partie non négligeable de la population ivoirienne sera celle d’un pouvoir nordiste animé d’un esprit de revanche. Pour couper l’herbe sous le pied des extrémistes de tous les camps, le gouvernement et la nouvelle Assemblée nationale devront associer l’ensemble des forces vives du pays, notamment les organisations de la société civile et les partis non représentés au parlement, à un dialogue national sur les réformes nécessaires à la consolidation de la paix et de la sécurité.

Résister à la tentation de bâcler la réforme des forces armées


Le lancement de la réforme du secteur de la sécurité est la priorité parmi les priorités. Conséquence du violent conflit postélectoral mais aussi de la très longue déstructuration des forces ivoiriennes depuis une quinzaine d’années, l’armée, la police et la gendarmerie sont toujours confrontées à d’in­quié­tantes divisions, à un déficit de moyens et à un profond déséquilibre hiérarchique. Les hommes issus des Forces nouvelles gardent l’ascendant sur les éléments issus des anciennes forces régulières. Les chefs militaires de l’ex-rébellion ont gardé autour d’eux leurs hommes les plus fidèles et les plus aguerris qui se soustraient à la hiérarchie classique et continuent à s’adonner à des activités économiques illicites.

La vision que les anciens responsables politiques et militaires de la rébellion ont de la réforme de l’armée a peu de chances de coïncider avec l’im­pé­ra­tif de formation de forces républicaines qui soient au service de la stabilité du pays et de la sécurité des populations. Le président Ouattara doit s’engager personnellement dans le règlement des questions de sécurité et mobiliser l’assistance technique et financière ainsi que le soutien politique des partenaires africains, des Nations unies, de l’Union européenne et des Etats-Unis pour une réforme ambitieuse.

Résister à la tentation de la facilité dans les procédures judiciaires

La structure actuelle de l’appareil de sécurité est un handicap pour l’exercice d’une justice impartiale. La toute-puissance des anciens commandants de zone des Forces nouvelles au sein de l’armée en construction rend et rendra très délicate l’arrestation de l’un ou l’autre des leurs dans le cadre d’une enquête lancée par la justice ivoirienne ou par la Cour pénale internationale sur les crimes graves qui ont suivi l’élec­tion présidentielle de novembre 2010 et sur ceux de la période 2002-2010. La justice des vainqueurs a pour effet de perpétuer de fortes tensions sur la scène sociale et politique ivoirienne. Aussi difficile et périlleux que soit l’exercice, la mise en œuvre d’une justice impartiale est absolument nécessaire.

Le déficit de justice qui a suivi plusieurs évènements très graves survenus depuis la transition militaire de décembre 1999, puis l’élection du président Gbagbo en octobre 2000, a permis aux auteurs directs et indirects des crimes les plus odieux de rester sur la scène publique et d’y accroitre leur influence. Le pays ne pourra sortir de ce cycle meurtrier si les procédures judiciaires nationales et internationales oublient certains acteurs politiques et militaires présumés coupables de graves crimes, ce qui reviendrait à oublier également une partie des victimes. Dans l’année qui vient, il faudra que le président Ouattara prenne le risque d’honorer les engagements pris dans le domaine de la justice. Les partenaires de la Côte d’Ivoire devront l’y encourager et l’y aider.

Résister à la tentation d’une croyance excessive aux recettes économiques classiques

Le développement économique sur une longue période est à coup sûr un puissant facteur de stabilité et de paix. L’économie ivoirienne a redémarré et le pays affiche à nouveau de grandes ambitions régionales. Il est évidemment trop tôt pour mesurer l’impact de plusieurs programmes ambitieux lancés depuis un semestre. La disposition bienveillante des bailleurs est toujours de mise avec de nouvelles promesses de prêt et d’annulations de dettes, encouragée par les signes réels de rupture dans la gouvernance sous l’impulsion d’un président qui a toujours misé avant tout sur ses compétences en matière économique. Mais ces signaux économiques prometteurs, dont il faut espérer qu’ils se traduiront bientôt en créations importantes d’emplois pour occuper une jeunesse sacrifiée depuis deux décennies, ne sont pas suffisants pour garantir une stabilité durable.

Il faudra faire acccompagner la mise en œuvre des recettes traditionnelles visant à accélérer la croissance économique d’une dimension politique et réconciliatrice. Le président Ouattara devrait regarder vers l’ouest de son pays, notamment la région du Moyen-Cavally à la lisière du Liberia. Dans cette région où ont émergé et proliféré les milices d’autodéfense pro-Gbagbo après la rébellion de septembre 2002, le désarmement des jeunes hommes ne pourra réellement se faire qu’en manipulant astucieusement la carotte et le bâton. Les autorités ivoiriennes doivent y entreprendre un plan de réhabilitation des villages détruits pendant le conflit et de construction de voies de transport. Le président Ouattara peut montrer qu’il a une vision économique pour la région et travailler avec son homologue du Liberia, la présidente nouvellement réélue Ellen Johnson Sirleaf, à l’établissement d’un espace de codéveloppement comprenant l’Ouest ivoirien et l’Est libérien.

Article publié sur slateafrique.com le 23 décembre 2011

vendredi 9 décembre 2011

Côte d'Ivoire : Laurent Gbagbo, la CPI et le "gban-gban" salvateur

Le 5 décembre dernier, l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo s’est retrouvé pour la première fois devant les juges de la Cour pénale internationale (CPI) pour une audience de comparution initiale. Ce n’était que le début d’une longue procédure qui aboutira, ou non, à la tenue d’un procès devant cette juridiction permanente internationale née d’une volonté collective de combattre l’impunité pour les concepteurs, inspirateurs et auteurs directs et indirects de crimes de masse identifiés comme crimes contre l’humanité, crimes de guerre ou génocide. Laurent Gbagbo restera dans l’histoire comme le premier ancien chef d’État à être non seulement inculpé mais effectivement détenu et en attente de procès devant la CPI, les autres anciens chefs d’État à l’instar du Libérien Charles Taylor étant poursuivis devant des juridictions internationales ad hoc.

L’ancien président ivoirien passe désormais ses journées et ses nuits dans une cellule de la prison internationale de La Haye non pas parce qu’il a entrepris il y a un an de conserver le fauteuil présidentiel après avoir perdu une élection censée clore un processus de paix, ni parce qu’il a perdu la guerre face à son adversaire, le président élu Alassane Ouattara soutenu par des ex-combattants rebelles et par la majorité des acteurs régionaux et internationaux de poids. Le comportement de Laurent Gbagbo a été certes répréhensible sur toute la ligne après le second tour du scrutin présidentiel, mais il est interpellé par la justice pénale internationale pour avoir eu recours à un déferlement de violences dans la poursuite de ses objectifs politiques. C’est là tout au moins la raison juridique de son statut actuel.

Il est cependant vain, intellectuellement malhonnête, voire dangereux de prétendre que la justice internationale est absolument à l’abri des considérations politiques et des rapports de force internationaux. Le combat pour l’indépendance totale de la justice, qu’elle soit nationale ou internationale, est une nécessité de tous les instants et il est loin d’être gagné. Il est par contre indispensable de rappeler à tous ceux qui sont scandalisés par la présence de l’ancien président devant la CPI que ce dernier ne se serait pas retrouvé dans cette situation s’il n’y avait pas de solides raisons de conclure qu’il portait une responsabilité individuelle grave dans la commission de crimes odieux et massifs pendant la crise postélectorale entre décembre 2010 et avril 2011. Seul un procès pourra établir, ou non, sa culpabilité.

Plusieurs centaines d’Ivoiriens ont été tués dans des circonstances nombreuses et variées, impliquant des décideurs et des exécutants également divers et variés. Seuls des procès respectant les règles de l’art permettront d’en savoir un peu plus sur qui a fait quoi, comment et pourquoi pendant ces quelques mois qui ont meurtri une Côte d’Ivoire déjà abîmée par une longue crise politico-militaire. Des procès et pas le seul procès de Laurent Gbagbo. Chacun sait, - et le rapport de la Commission d’enquête des Nations unies sur les violences post-électorales aussi le suggère fortement-, que des meurtres, des viols et des traitements inhumains massifs relevant potentiellement des catégories de crimes examinées par la CPI ont également été commis par des forces qui se sont rangées du côté du président Ouattara alors reclus à l’hôtel du Golf.

L’exigence de vérité et de justice est la même pour toutes les victimes civiles non combattantes du conflit postélectoral. Elle l’est d’ailleurs aussi pour les victimes des épisodes de concentration de violences graves des années 2002-2010 qui pourraient relever des crimes de guerre et/ou de crimes contre l’humanité : massacres entre septembre 2002 et mars 2003 au lendemain de la rébellion impliquant aussi bien les rebelles que le camp Gbagbo, tueries de manifestants de l’opposition en mars 2004, purges sanglantes au sein de la rébellion en juin 2004, tueries dans des villages dans l’ouest en 2005. Maintenant que la machine de la CPI est lancée, la seule exigence est qu’elle ne s’arrête pas et s’autonomise par rapport aux circonstances politiques qui lui ont permis de s’enclencher.

Plutôt que de s’émouvoir plus que de raison de l’humiliation infligée à un ancien président africain en oubliant les victimes de la tragédie postélectorale, il serait plus utile de mobiliser les énergies pour que l’affaire ivoirienne devant la CPI lève enfin les doutes épais sur la raison d’être et la crédibilité de la justice internationale. Au terme du processus judiciaire, sans doute dans quelques années, chacun en Côte d’Ivoire et ailleurs, devra avoir compris qu’aucune fin politique, aucune conviction d’avoir raison sur ses adversaires et d’incarner le Bien, ne peut justifier la planification et la mise en œuvre de la destruction de son pays par la haine et la violence.

En attendant la prochaine étape à La Haye, l’audience de confirmation des charges portées contre Laurent Gbagbo prévue pour le 18 juin 2012, ou l’émission avant cette date d’autres mandats d’arrêt internationaux de la CPI, la Côte d’Ivoire vote pour élire ses députés à l’Assemblée nationale ce 11 décembre. Elle le fera sans enthousiasme excessif – la dernière fois que les Ivoiriens ont voté, ils ont été récompensés par une guerre -, et la participation risque d’être faible dans les localités de l’ouest et du sud favorables à l’ancien président. L’enjeu de ce scrutin est le futur rapport de force politique entre le Rassemblement des républicains (RDR), le parti de président Ouattara, et son principal allié, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) d’Henri Konan Bédié. Cet enjeu est important mais pas critique pour la stabilisation du pays.

Les vraies menaces proviennent de l’état de division, de déséquilibre et de désorganisation des forces de défense et de sécurité et de la manière dont les candidats aux futures inculpations par la CPI entendront se protéger. Au fond, se pose aujourd’hui le choix entre une justice de vainqueurs qui préserverait la stabilité à court terme mais plomberait la réconciliation et la paix dans les dix prochaines années et une justice crédible, nationale si possible mais internationale s’il le faut, qui exposerait le pays à court terme à un nouveau moment de crise potentiellement violente – un « gban-gban » comme on dirait à Abidjan, mais ouvrirait le chemin d’une stabilité durable. Pour une fois, il faut peut-être prendre le risque du « gban-gban » qui fait mal tout de suite mais qui soignera ensuite un mal profond qui ronge la Côte d’Ivoire, l’impunité.

Article publié sur www.jeuneafrique.com le 9 décembre 2011.

jeudi 13 octobre 2011

Côte d'Ivoire: les conditions de la réconciliation (2/2)

SlateAfrique - Le Premier ministre Guillaume Soro se fait discret. Pourrait-il être poursuivi par la Cour Pénale Internationale?

Gilles Olakounlé Yabi - On peut tout imaginer. Cela peut arriver. La CPI est une juridiction indépendante qui examine des crimes particuliers. Tout dépendra des preuves dont disposera le Procureur après l’enquête. Il faut savoir que la CPI vise généralement ceux qui portent «la plus grande responsabilité» dans la commission d’un certain nombre de crimes. Guillaume Soro peut théoriquement être exposé. Pour l’instant, politiquement, il consolide sa position en Côte d’Ivoire. Il a conservé le poste de Premier ministre. Il est aussi l’artisan de la normalisation que le gouvernement cherche à mettre en place, notamment à travers la restauration de l’autorité de l’Etat dans les zones qui étaient contrôlées par les Forces nouvelles. La question de l’avenir politique de Guillaume Soro se pose déjà aujourd’hui avec l’échéance des élections législatives. Après les élections, est-ce qu’il conservera sa position de Premier ministre, au risque de provoquer une grave tension entre le président Ouattara et le parti d’Henri Konan Bédié qui voudrait bien récupérer ce poste? Ou est-ce que Guillaume Soro sera candidat aux législatives et visera la présidence de la future Assemblée Nationale? Ces questions n’ont pas encore de réponses. La question de son avenir judiciaire ne sera sans doute pas posée à court terme.

SlateAfrique - Guillaume Soro peut-il accepter de laisser son poste de Premier ministre?

G-Y - C’est tout à fait envisageable. Alassane Ouattara est devenu président d’abord parce qu’il a gagné l’élection présidentielle, soutenu par un rassemblement de partis politiques, ce qui implique un partage du pouvoir avec ses alliés. Ensuite, il a pu s’installer effectivement à la présidence grâce aux forces armées qui lui ont permis de l’emporter militairement sur Laurent Gbagbo, ce qui a créé une dépendance par rapport aux Forces nouvelles. Dans cette période de transition, de consolidation de son pouvoir, Ouattara a conservé Guillaume Soro comme Premier ministre et ministre de la Défense pour gérer les conséquences immédiates de la crise postélectorale. Mais je crois qu’il sera difficile pour Ouattara de conserver Soro dans le poste de chef de gouvernement durablement pendant son mandat alors que le PDCI (Parti Démocratique de Côte d’Ivoire), le parti d’Henri Konan Bédié, va demander de plus en plus une part importante dans la gestion des affaires. Tout dépendra de l’offre alternative qui pourra être faite à Guillaume Soro.

SlateAfrique - Est-ce que cette justice internationale ne peut pas être facteur d’instabilité pour le pays comme dans le cas du Kenya?

G-Y - Dans le cas de la Côte d’Ivoire comme dans d’autres, l’impunité a été un facteur puissant de la descente du pays dans la crise, qui a franchi progressivement de nouveaux caps dans le degré de violence. Les violences politiques n’ont pas commencé avec la crise postélectorale et n’ont même pas commencé avec la tentative de coup d’Etat de 2002. En octobre 2000, l’élection qui a vu Laurent Gbagbo arriver au pouvoir avait déjà été marquée par de très graves violences, avec un bilan d’environ 300 morts. Des rapports de l’ONU et d’organisations de défense des droits de l’homme avaient décrit dans le détail les circonstances de ces violences postélectorales. Les responsabilités individuelles n’ont jamais été établies par la justice. Le seul procès important qui a eu lieu, celui de l’affaire du charnier de Yopougon, s’est terminé par l’acquittement de tous les gendarmes accusés. L’impunité n’a pu qu’encourager les acteurs engagés dans la bataille politique à user de plus en plus de violence. La crise postélectorale entre décembre 2010 et avril 2011 a été extrêmement violente et le nombre de morts a peut-être été plus important que le bilan cumulé de la crise politico-militaire depuis 2002. Si on tourne la page sans la moindre condamnation au nom de la volonté de réconciliation nationale, je crois que ce serait un choix extrêmement dangereux qui ouvrirait la porte à de nouvelles violences, encore plus meurtrières, dans les années à venir. Que ce soit devant la CPI ou devant une juridiction nationale ivoirienne, le plus important me semble être l’existence d’une composante «Justice» dans le processus de normalisation. Pour l’instant, la CPI a l’avantage de la crédibilité parce qu’elle n’est pas soumise aux pressions politiques internes du pays.

SlateAfrique - Pensez-vous que la commission qui va être mise en place sur le modèle de la commission, vérité et réconciliation en Afrique du Sud risque d’être avant tout un gadget?

G-Y - Il faut bien distinguer le processus judiciaire du processus de réconciliation confié à la Commission dialogue, vérité, réconciliation en Côte d’Ivoire. Cette commission présidée par Charles Konan Banny ne comporte pas le mot justice. On peut poser la question de son indépendance par rapport au pouvoir politique. Mais cela n’a pas de lien direct avec la question de l’indépendance de la justice ivoirienne. La Commission dialogue, vérité et réconciliation a un autre mandat, celui de faciliter la réconciliation entre Ivoiriens par un examen collectif des raisons de la longue crise et des épisodes de violence dans l’histoire récente du pays.

SlateAfrique - Mais comment expliquez-vous que cette commission se soit révélée être une réussite en Afrique du Sud et qu’ailleurs sur le continent, elles aient fréquemment échoué?

G-Y - Je ne sais pas si on peut affirmer qu’elles ont échoué ailleurs qu’en Afrique du Sud. Les expériences sont très diverses. En Sierra Léone, la commission n’a pas vraiment été considérée comme un échec. Elle a été accompagnée parallèlement par un mécanisme judiciaire, une Cour spéciale pour juger les crimes les plus graves commis pendant la guerre civile. C’est cette Cour qui a permis le procès de l’ex-président libérien Charles Taylor accusé d’avoir soutenu la rébellion qui a commis des crimes contre l’humanité en Sierra Leone (le procès a été délocalisé à la Haye pour des raisons de sécurité). Au Libéria, la commission vérité/réconciliation n’est pas considérée comme un succès. Il y a eu énormément de difficultés dans sa mise en place, des lenteurs dans les travaux et l’essentiel des recommandations qui ont été faites par la commission n’ont pas été mises en œuvre par le gouvernement. Donc, les expériences sont diverses. L’expérience sud-africaine était très spécifique et répondait à la particularité de l’apartheid. Ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire n’a pas grand-chose à voir avec l’apartheid sud-africain. Ce n’est donc pas le même type de processus qui peut permettre au pays de se réconcilier. Comme je l’ai déjà fait remarquer, ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire relevait d’un affrontement politique aggravé par une mobilisation irresponsable des identités ethniques et régionales.

SlateAfrique - Les exilés tels que Charles Blé Goudé peuvent-ils menacer le processus de stabilisation du pays?

G-Y - Si l’exil est durable et qu’il concerne aussi bien des civils, des militaires et des miliciens qui ont une expérience de l’affrontement armé, cela pourrait devenir dangereux pour la stabilité du pays. Mais à court terme, je ne pense pas que les exilés ivoiriens aient une capacité de mobilisation et de déstabilisation du pays. La difficulté principale se trouve dans la zone frontalière avec le Libéria, où l’insécurité est toujours réelle. Il y a eu encore récemment des attaques de villages dans l’ouest ivoirien, malgré la présence renforcée des missions des Nations Unies en Côte d’Ivoire et au Libéria. Il est très difficile de contrôler le flux de combattants ou d’ex-combattants dans cette zone, ce qui peut permettre des actes de déstabilisation par des éléments pro-Gbagbo non intégrés dans le processus politique de normalisation. Mais, les risques restent localisés. Les responsables militaires de haut niveau qui ont défendu Laurent Gbagbo, jusqu’au bout ou presque, sont pour la plupart détenus en Côte d’Ivoire, certains après avoir passé des mois au Ghana, pays voisin. La plupart de ceux qui sont encore en exil sont des civils proches de Gbagbo qui ont des préoccupations plus personnelles que politiques en ce moment. Ils veulent rentrer en Côte d’Ivoire mais avec des garanties sécuritaires et matérielles. Ils ont surtout peur d’être poursuivis par la justice ivoirienne comme nombre de civils et militaires proches de l’ancien président. Je ne pense pas qu’ils soient dans une logique de déstabilisation, du moins à court terme. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ont pris toute la mesure de leurs responsabilités dans la crise postélectorale et qu’ils nourrissent des regrets. Beaucoup restent sans doute convaincus qu’ils étaient du côté du «bien» et que les fautes et dérives de leurs adversaires, aujourd’hui au pouvoir, suffisent à les exonérer de leur grave responsabilité dans la récente tragédie infligée à leur pays.

SlateAfrique – Les experts évoquent une reprise économique du pays, notamment en matière de cacao. Cela peut-il faciliter le processus de réconciliation notamment pour les campagnes ivoiriennes?

G-Y - Tout à fait. Je pense que le redémarrage économique est essentiel pour la normalisation politique et les perspectives de réconciliation également. Je pense qu’au-delà de ce redémarrage assez habituel, il y a une dimension politique qui pourrait être rajoutée par le gouvernement et qui viserait précisément à favoriser la réconciliation. La réconciliation ne doit pas être du seul ressort de la Commission créée à cet effet. Toutes les décisions de politique publique pourraient intégrer des éléments visant la réconciliation. Cela peut se faire par une allocation de ressources publiques particulièrement favorable aux communautés et aux localités qui ont le plus pâti de la crise postélectorale. La reconnaissance par l’Etat de la souffrance disproportionnée d’une partie de la population parait importante. Je pense notamment à l’ouest du pays où un effort spécifique du gouvernement devrait permettre de reconstruire des villages qui ont été détruits, de mettre en place des infrastructures rurales essentielles. Il faut donner le sentiment à tous les Ivoiriens que le retour à la paix peut réellement changer leur vie quotidienne.

SlateAfrique - Le régime de Ouattara incarne une légitimité démocratique?

G-Y - La question qui se posait au lendemain de l'élection présidentielle n'était pas de savoir si Ouattara était un grand démocrate ou pas. Il y a eu un processus électoral laborieux, une campagne électorale, un premier tour, une nouvelle campagne, un second tour suivi d'une stratégie de confiscation de pouvoir par le président sortant et battu. Face à Gbagbo, Ouattara représentait le choix majoritaire des électeurs ivoiriens, quoiqu'on pense de lui et quoiqu'ils pensent d'ailleurs également de lui. Beaucoup d'Ivoiriens auraient sans doute préféré une offre politique différente lors de l'élection présidentielle, Laurent Gbagbo (au pouvoir de 2000 à 2010), Henri Konan Bédié (président de 1993 à 1999) et Alassane Ouattara (Premier ministre de 1990 à 1993 puis élu président en décembre 2010) ayant dominé l'espace politique depuis près de deux décennies. La démocratie électorale est ce qu'elle est, et personne n'a jamais dit qu'elle garantissait l'arrivée au pouvoir des plus démocrates et des plus vertueux. C'est aux acteurs de la société politique et civile ivoirienne, et en particulier aux plus jeunes, de profiter du processus de normalisation institutionnelle pour demander des réformes profondes et fixer des limites au pouvoir présidentiel, quel que soit celui qui l’incarne à un moment donné. Ce qui me semble évident, c'est que les perspectives d'un mieux-être collectif en Côte d'Ivoire sont aujourd'hui meilleures qu'elles ne l'étaient en janvier 2011 ou pendant les longues années de «ni paix, ni guerre, ni élection».

Propos recueillis par Pierre Cherruau
(Publié sur slateafrique.com le 13 octobre 2011)

mercredi 12 octobre 2011

Côte d'Ivoire: la réconciliation est-elle possible? (1/2)

Slate-Afrique - Assiste-t-on à une réelle réconciliation en Côte d’Ivoire?

Gilles Olakounlé Yabi - Il est encore trop tôt pour espérer avoir des signes mesurables de cette réconciliation. La plus grande difficulté lorsqu’on parle de réconciliation c’est de pouvoir avoir des indicateurs, c’est-à dire comment est-ce qu’on la mesure. Comment est-ce qu’on arrive à savoir si des personnes qui ont nourri à un moment donné de la haine, dans un contexte politique particulier, ont changé. Comment savoir si les rancœurs s’apaisent. Tout cela est très difficile à mesurer. Mais ce qui semble évident, c’est que la crise post-électorale en Côte d’Ivoire est une crise dans la longue crise qu’a connu le pays depuis plus de dix ans. Donc, il ne faut pas espérer obtenir en cinq mois ou même en un an ou deux, une réconciliation ou des signes forts de réconciliation, alors qu’il a fallu plusieurs années pour déconstruire la société ivoirienne et mobiliser une partie de la société contre une autre.

SlateAfrique - Des Ivoiriens subissent-ils encore des exactions sur des bases politiques, ethniques ou religieuses?


G-Y - Je crois qu’il est important de savoir un peu plus précisément ce dont il est question, c’est-à-dire qui est ce qu’on entend réconcilier avec qui. Ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire pendant la crise postélectorale était un affrontement entre des groupes identifiables pour des raisons politiques connues. Les agents de la violence pendant ces mois de crise n’étaient pas la population de manière générale ou des groupes ethniques qui se seraient mobilisés dans les quartiers pour en affronter d’autres. Ce qui s’est passé, c’est qu’il y a eu une élection présidentielle, puis un bras de fer entre les deux rivaux du second tour. La mobilisation politique s’étant faite depuis des années sur un certain nombre de thèmes, y compris sur l’appartenance ethnique, régionale voire de l’appartenance nationale, il y a eu une dimension communautaire dans les actes de violence. Mais ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que ce sont des acteurs parfaitement conscients de ce qu’ils faisaient et qui avaient un agenda particulier, et non pas la population de manière générale, qui ont commis de graves violences. On n’est pas dans le cadre d’un conflit à dimension essentiellement ethnique mais dans celui d’un conflit politique mené par des acteurs politiques épaulés par des acteurs de la violence. C’est pour cela que la question de la réconciliation, il faudra la poser de manière très claire et ne pas oublier les responsabilités individuelles identifiables. Ce qui est également important, c’est de voir dans le processus de réconciliation pourquoi ceux qui n’étaient pas directement impliqués dans les luttes politiques n’ont pas pu empêcher que le pire arrive dans le pays, pourquoi aucune catégorie de la société civile ivoirienne n’a pu et su résister à la polarisation politique et au repli identitaire.

SlateAfrique - Des élections législatives sont annoncées en décembre 2011. Mais, un certain nombre d’observateurs se demandent si ce n’est pas trop tôt ou est-ce qu’il s’agit d’une exigence de la communauté internationale?

G-Y - Je crois que ce n’est pas un problème de date. Dès le début du processus électoral en Côte d’Ivoire, on a estimé qu’il fallait faire une élection présidentielle et dans la foulée, des législatives. Il ne faut pas oublier que la présidentielle devait avoir lieu initialement en octobre 2005 et qu’elle s’est tenue finalement en novembre 2010, et que toutes les institutions du pays avaient perdu leur légitimité y compris l’Assemblée Nationale. Le code électoral lorsqu’il a été amendé pour permettre la certification par les Nations unies, portait à la fois sur des élections présidentielles et législatives. Il y avait même la possibilité de les coupler, ce qui aurait peut-être permis de diminuer la tension puisqu’on aurait eu à la fois des appétits pour la présidence et des appétits individuels dans tous les camps politiques pour les postes de députés à l’Assemblée Nationale. Ce n’est pas le calendrier des élections législatives qui est essentiel. La vraie question consiste à savoir si on peut réunir les conditions de sécurité nécessaires pour organiser ces élections sur l’intégralité du territoire et si les conditions politiques permettront à toutes les forces de prendre part à ces élections. C’est pourquoi la participation du Front Populaire Ivoirien (FPI) et plus généralement des partis qui voudraient récupérer l’héritage politique de Laurent Gbagbo est importante. Cette participation constituerait un indicateur d’une forme de réconciliation sur le terrain politique et limiterait le risque toujours inhérent à l’exclusion d’une partie de la population de l’espace politique démocratique. Nous avons estimé dans le dernier rapport de l’International Crisis Group que le président Ouattara devrait s’investir personnellement pour que des forces politiques pro-Gbagbo participent à ces élections législatives. Il a récemment entrepris une démarche dans ce sens.

SlateAfrique - Il y a déjà des menaces de boycott du FPI. Si elles se concrétisent est-ce que cela pourrait avoir de graves conséquences dans le processus de réconciliation?

G-Y - Il serait dommageable pour le processus de réconciliation et plus généralement pour les perspectives de normalisation durable en Côte d’Ivoire que le FPI ne participe pas aux élections et qu’il n’y ait pas d’espace politique pour ceux qui veulent récupérer l’héritage politique de Gbagbo ou qui choisissent simplement de s’inscrire dans une opposition à Alassane Ouattara. L’enjeu actuel est aussi celui d’instaurer une vraie démocratie et cela passe par l’existence d’un parlement qui refléterait la diversité du pays. Il est donc effectivement important que le FPI participe à ces élections. Pour l’instant, ils n’ont pas annoncé un boycott mais ils ont suspendu leur participation à la commission électorale. Il y a eu une rencontre avec le président Ouattara. Il faut un cadre de discussion. Un certain nombre de préalables sont demandés par les cadres du FPI, y compris celui de la libération de Laurent Gbagbo. Il est peu probable que le pouvoir accède à ce type de demandes. Mais, si des gestes d’ouverture sont faits par le gouvernement et Alassane Ouattara, les ex-partisans de Gbagbo pourraient se remobiliser et participer aux élections. Le boycott peut encore être évité. Le parti de Ouattara en 2000 avait décidé de ne pas participer aux élections législatives et il a été exclu de l’espace politique et de l’Assemblée Nationale pendant des d’années. Alassane Ouattara a reconnu que c’était une erreur et qu’aujourd’hui, il s’agit pour le FPI de ne pas reproduire la même erreur. Créer les conditions d’une mobilisation des ex-partisans de Gbagbo dans la clandestinité ne serait pas une bonne idée.

SlateAfrique - Quel peut-être l’impact de l’action de la Cour Pénale Internationale vis-à-vis des partisans de Laurent Gbagbo et de ceux d’Alassane Ouattara. Des proches du président ne risquent-ils pas d'être placés sur la sellette par la justice internationale?


G-Y - C’est évident. Dès lors que le dossier est entre les mains de la Cour Pénale Internationale (CPI), il devra échapper aux considérations politiques ivoiriennes. Même si l’enquête devait porter seulement sur la période de crise postélectorale —la possibilité de remonter à 2002 n’a pas été exclue par les juges de la Cour—, il ne sera pas possible pour la CPI d’ignorer une partie des crimes, notamment ceux commis par les partisans armés d’Alassane Ouattara. Et cela va créer un certain nombre de difficultés pour le pouvoir de Ouattara. Mais, très vite Alassane Ouattara avait signifié sa volonté que les crimes les plus graves soient du ressort de la CPI. C’était le moyen pour lui et son gouvernement de ne pas être impliqué directement, ce qui serait inévitable dans le cas d’une procédure judiciaire nationale. L’appel à une juridiction internationale est a priori un gage d’indépendance et d’impartialité. La question du timing est importante. La Cour vient de décider d’ouvrir une enquête. Il y aura sans doute plusieurs visites des enquêteurs sur le terrain avant que la CPI n’adresse des demandes formelles au gouvernement pour envoyer à La Haye des personnes contre lesquelles des mandats d’arrêt internationaux auront été délivrés. La situation pourrait se compliquer à ce moment-là pour le président Ouattara. Je crois qu’il veut d’abord gérer les nombreuses priorités au niveau national et ensuite, en fonction du contexte interne et international, gérer les contradictions et les menaces qui vont apparaître à la suite de l’enquête de la CPI.

SlateAfrique - Alassane Ouattara peut-il se permettre de lâcher ceux qui l’ont soutenu. N’y a-t-il pas des risques de représailles des chefs militaires?

G-Y - Des risques politiques sont présents et même des risques sécuritaires, dans la mesure où ceux qui concrètement pourraient être visés par les mandats de la Cour sont d’anciens chefs des Forces nouvelles. Certains d’entre eux ont depuis été nommés à des postes de responsabilité au sein des forces de sécurité, y compris dans des unités particulières comme la garde républicaine et le groupe de sécurité de la présidence de la République. Donc, cela va poser des problèmes. Pour l’instant, Ouattara avance dans la mise en place de nouvelles forces de défense et de sécurité avec l’idée de la réunification des ex-Forces nouvelles et des ex-forces loyalistes sous Gbagbo. Lorsque la CPI finira son enquête et identifiera les responsables présumés des crimes relevant de sa compétence, Ouattara aura du mal à revenir sur les engagements clairs qu’il a pris. Il espère sans doute que son régime sera plus solidement installé et qu’il pourra donc à ce moment-là prendre des décisions difficiles, comme celle de lâcher un certain nombre d’ex-chefs de la rébellion.

SlateAfrique - Ouattara lui-même ne peut-il pas être tenu responsable pour un certain nombre d’exactions étant donné que le président de la République est chef de l’Armée?

G-Y - Théoriquement on ne peut pas exclure cette possibilité dans la mesure où il a affirmé cette position de chef suprême des forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) qu’il a créées par décret avant même qu’il ne soit installé par le Conseil constitutionnel en mai 2011. Ce sera à la CPI de définir les niveaux de responsabilité dans la chaîne de commandement des FRCI. Toute la question sera de savoir s’il avait réellement une autorité sur les troupes des FRCI qui ont commis des crimes graves dans certaines localités. Et quelle était la capacité des responsables politiques d’empêcher ces crimes ou de les faire arrêter dès qu’ils en ont eu connaissance.

Propos recueillis par Pierre Cherruau
(Publié sur slateafrique.com le 12 octobre 2011)

lundi 10 octobre 2011

Liberia: the post-election challenges

Liberians vote on 11 October 2011 in the first round of elections both for their country's president and to choose members of parliament (senate and house of representatives). These general elections [10] are in their way an even greater test of this west African country's recovery from a terrible era of conflict and violence (roughly late 1989 to late 2003) than were the first post-war elections in October-November 2005.

More than 8,000 United Nations peacekeepers [11] remain in the west African country, with a mandate to support Liberia’s own security forces. Their continued presence, four years after the return of peace, helps contain tensions and should prevent any large-scale violence after the election; but the last few weeks of the campaign have been marked by an aggressive tone and localised incidents which indicate the potential for instability.

Liberia's president, Ellen Johnson-Sirleaf is running [12] for a second term, against her initial pledge. The first elected female head of state in Africa seems on the eve of polling to have an edge in the face of an opposition that features some of the most familiar names of modern Liberian politics.

These include the lawyer and former senator Charles Brumskine, and the former UN diplomat and legal expert Winston Tubman (whose vice-presidential candidate is the former footballer George Weah). Johnson-Sirleaf has the advantages of incumbency and of leading the destroyed country's economic and social revival, but she has received some harsh local criticism [13] on account of her government’s failures in the areas of anti-corruption, decentralisation and national reconciliation. Her popularity in the west - symbolised by her receipt of the Nobel peace prize for 2011, along with [14] her compatriot Leymah Gbowee - is not always matched [15] at home, and she might be forced to an uncertain run-off against one of her rivals.

The legacy


Liberia has undoubtedly made progress over the last six years in its efforts to rebuild a state [16] that was, even before the long years of civil war, weak and ineffective. Ellen Johnson-Sirleaf's strong personality and international career provided early [17] reassurance to external partners that political will existed to build a new Liberia that would become gradually and permanently free from violence, dictatorship, elite confiscation of wealth and the ethnic discrimination that have marked its history. Since 2006, she has used her high international visibility [18] to help ensure that both governmental partners and NGOs - which played a decisive role in restoring peace to Liberia - remain supportive.

This political will survives (even if it is difficult to measure), and with it the hope that economic and social development will materialise and peace be preserved in the years to come. Yet no great leap forward has occurred, and Liberia [19] remains at risk of getting stuck in a position of permanent weakness and strong dependence on international aid - a function of its plantation economy.

This finding is not in itself surprising. The decades of non-governance and civil wars sapped what little state existed, caused disintegration of the social fabric, destroyed traditional values, and ensured that a generation of Liberians grew up in a context of extreme violence and was thus unaccustomed to the demands of living in a country at peace. What is at issue is not just the experience of civil war, but the duration, intensity and extreme forms of violence committed during armed conflicts since 1990, and even the state of the country before it tipped over into war. The legacy to overcome is formidable.

An aspect of this is that post-war Liberia has had to deal with players who gained political influence during the decades of violence and corruption. Many had made their way into the country’s highest institutions, from the executive branch to the two houses of parliament (for example, the notorious former warlord [20] Prince Yormie Johnson, who was elected senator in 2005, is this year a presidential candidate). They could not be expected to have any fierce determination to reform Liberia in the direction of social equity; to possess the ability and desire to design and promote key reforms; to seek justice [21] for serious crimes committed during the years of conflict; or to work for national reconciliation.

The threat


The strong legacy of violence in Liberian society means that since the end of the civil war, the focus [22] has been on security. The international military and police presence embodied by the UN Mission in Liberia (Unmil [11]) has so far been the main guarantee of the preservation of peace. There has been real progress in the creation ex nihilo of a new army and police and the establishment of a national-security sector that is now able to cope with some degree of threats; but the failings of the police - particularly its extremely limited deployment outside the capital - make an international-security presence imperative.

Several reforms are now essential: an investment in community policing and informal spaces of conflict-management at both urban and rural levels; support for institutional management of land disputes through the reinforcement of the land-reform commission; making the planned, and welcome, regional hubs (funded [23] initially by the UN Peacebuilding Fund) financially sustainable; and bringing the police and justice system closer to people outside Monrovia. Liberians need to see substantial achievements of this type to believe in the future.

The most serious threat to the security of Liberia, however, is that posed by the persistence of mercenary activities and related arms-trafficking. The post-election crisis [24] in Côte d'Ivoire - where hundreds of young fighters were recruited and trained, albeit briefly, to use weapons of war, in return for small amounts of cash - reveals the extent of the problem across the entire region. The lack of precise information on the number of Liberian mercenaries engaged in Côte d'Ivoire, the networks that enabled their recruitment, their previous experiences, the scale of weapons importation [25] into Liberia, and the presence of Ivorian military - all this is extremely worrying.

The UN missions in Liberia and in Côte d’Ivoire, in collaboration with the national governments, must continue to address the threat of mercenaries and militias using all available military and financial means to meet this major challenge to peace and security in West Africa. The Economic Community of West African States (Ecowas) can play an important role [26] in coordinating such efforts.

The future


If Liberia's peace is to be secured for the foreseeable future, there must be continued international support of the army, police, other security agencies and the judiciary. But any investment needs also to have as its objective a wider transformation [27] of politics, economy, and society.

In political terms this means taking seriously such issues as the regulation of political parties,encouraging transparency [28] in funding arrangements, civic education of militants, the practice of internal democracy, and providing incentives for young people to engage in political activity rather than just in the shelter of foreign-funded civil-society organisations.

These are the fundamental conditions for a gradual and effective decentralisation that can respond well to the practical concerns [29] of people at the grassroots. They are also vital instruments in the emergence of a new generation of opinion-leaders at local, regional and national levels that breaks from the culture of violence and of privatisation of the public good. These deeper changes, far more than the rituals of an election, are the route [30] to improve significantly the quality of political governance. They will also curb corruption, which (according to a survey in June 2011) 63% of Liberians see as the primary cause of the past wars.

In economic and social terms, sustainable [31] transformation in Liberia requires continuous investment in the training of staff of ministries and public institutions, and the creation of new graduate schools and institutes of technical and vocational training tailored to potential areas of rapid economic development (agriculture, agribusiness, mining, and larger-scale urban services). The lack of human resources and expertise is a major constraint on investment and the recruitment of local staff in Liberia. The existence of a broad group of young Liberians able [32] to show its peers that a better life is possible - without violence, and without permanent dependence on parents or guardians - is key to the country's future.

Liberia's continued recovery is surrounded by uncertainty. After the elections, all concerned bodies - Liberia's president and parliamentarians, the UN Peacebuilding Commission, and all international partners - must work to overcome the serious dangers that persist. Liberians need and deserve a common effort and a long-term commitment.

(Publié sur openDemocracy.net le 10 octobre 2011)

mercredi 5 octobre 2011

Guinée: l'obsession de la crise

Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond en Guinée. A chaque fois que l’opportunité historique d’un nouveau départ politique, économique et social se présente, des acteurs de premier plan font des efforts surhumains pour l’enterrer au plus vite. C’est dans un contexte de désunion profonde, de tensions politiques, de manifestations étouffées par une répression certes moins meurtrière que par le passé mais toujours musclée que le pays a commémoré le deuxième anniversaire du massacre du stade du 28 septembre. Trois morts tout de même, des bastonnades, des arrestations, des incursions dans les maisons, des étranges apparitions comme celles de chasseurs traditionnels «donzos» qui n’ont rien à faire en pleine ville.

Alpha Condé, élu en décembre 2010


Sous Alpha Condé, élu président en décembre 2010, la Guinée n’a pas encore changé. Ce n’est pas le plus grave. Il eût en effet fallu un rare concours de circonstances pour afficher après neuf mois une rupture radicale. Le vrai problème est que la Guinée du président civil démocratiquement élu Condé est mal partie sur le plan de la stabilité politique, de la cohésion nationale et du respect des libertés publiques. On est encore bien loin du succès guinéen que des diplomates pensaient pouvoir célébrer au moment du transfert de pouvoir d’une junte militaire à un régime civil issu des urnes. Les responsables de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), de l’Union africaine (UA) et du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest doivent se remobiliser pour la Guinée avant que la promesse de démocratisation ne se transforme en un nouveau mirage.

Nouvelle poussée de fièvre?


D’où est venue la nouvelle poussée de fièvre? Le «collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition» avait appelé à des manifestations pacifiques à compter du 27 septembre pour dénoncer le refus du gouvernement de renégocier les conditions d’organisation des prochaines élections législatives. Ce collectif inclut l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo et l’Union des forces républicaines (UFR) de Sidya Touré, les partis des deux principaux rivaux d’Alpha Condé lors de l’élection présidentielle de l’an dernier.

Les points de désaccord touchent à toutes les composantes cruciales du processus : la composition de la commission électorale nationale indépendante, la répartition des tâches entre cette commission et le ministère de l’administration territoriale, la nature du fichier électoral et la date du scrutin qui dépend directement des paramètres précédents. Alors que le gouvernement avait ignoré les demandes formulées par le collectif dans un mémorandum déposé à la mi-août, le président de la commission électorale Lousény Camara, très contesté par l’opposition, annonçait la date du 29 décembre pour la tenue des législatives, une date qui ne pourrait être respectée que si la révision des listes électorales commençait immédiatement et si aucune modification n’était apportée au dispositif électoral actuel. Autrement dit, après avoir tardé à communiquer sur la question des élections législatives, le gouvernement avait décidé de lancer les préparatifs techniques sans rechercher le moindre accord avec les partis politiques importants.

Dialogue de sourds

On pourrait se dire qu’il n’y a là rien d’exceptionnel: ce type de dialogue de sourds entre le gouvernement (et le parti du président) et les partis d’opposition est devenu une tradition dans la majorité des pays africains à l’approche d’échéances électorales. Dans le cas guinéen, la volonté du pouvoir d’aller aux élections à ses conditions est d’autant moins surprenante que le parti présidentiel, le Rassemblement pour la Guinée (RPG) a de bonnes raisons de redouter le scrutin législatif. Vainqueur laborieux de l’élection présidentielle après avoir été distancé au premier tour, Alpha Condé sait que l’UFDG pourrait réaliser un bon résultat lors des législatives et devenir une force incontournable au sein du Parlement.

Il sait également que les autres partis importants négocieront chèrement une possible alliance post-législatives avec le RPG. Pour le président Condé, le scrutin à venir est donc crucial. Cette montée de tension ne relèverait-elle donc pas des ruses normales qu’impliquent la bagarre politique? Convient-il de «taper» sur le jeune régime Condé simplement parce qu’il fait tout pour que la prochaine Assemblée nationale ne vienne pas contrarier si tôt l’exercice plein de son pouvoir?

La Guinée, un pays très fragile

La réponse à cette dernière question est oui. Parce que la Guinée n’est pas un pays africain comme un autre qui se prépare à des élections. C’est un pays très fragile dont le sort préoccupe l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest depuis la longue fin de règne catastrophique de Lansana Conté, décédé en décembre 2008. C’est un pays où des centaines de civils ont été tués pendant des manifestations sous Conté en 2006 et 2007, puis sous Dadis Camara en 2009 en réclamant un «changement» de gouvernance politique et économique.

La rigidité du locataire de la présidence

C’est un pays où la communauté internationale a investi des efforts de médiation conséquents et soutenus pour éviter d’abord une violente crise de succession après le décès de Conté, puis pour contraindre les militaires putschistes à transférer le pouvoir à des autorités politiques civiles élues. Le président Condé a certes consacré l’essentiel de sa vie au combat pour la démocratie, comme il ne manque pas de le rappeler, mais il n’est pas le seul à avoir participé à cette lutte au cours des dernières années. Les mobilisations populaires de 2007-2009 ont été conduites par un large rassemblement d’acteurs de la société civile et politique guinéenne, de toutes origines ethniques et régionales.

Des propos provocateurs visant la communauté peul


L’élection présidentielle, caractérisée par des faiblesses organisationnelles importantes et par une absence flagrante de confiance dans la neutralité de la commission électorale, n’a pas mis fin à la transition de la Guinée vers un système démocratique. Elle n’en constituait qu’une étape importante. Le dialogue politique, la médiation des organisations de la société civile et l’implication forte des acteurs régionaux et internationaux qui ont permis à la Guinée d’éviter le chaos au moment de l’élection présidentielle ne peuvent pas être aujourd’hui rejetés par des acteurs qui en ont profité pour accéder au pouvoir.

La rigidité du locataire de la présidence à Conakry est d’autant plus inquiétante qu’elle se double d’un discours ambivalent qui fait planer des doutes sur sa volonté d’apaiser les tensions ethniques ravivées par l’élection présidentielle, et notamment par un second tour qui avait pris les allures d’un duel entre un candidat Malinké et un représentant de la communauté peul. Des personnalités importantes comme le ministre de l’Intérieur, le médiateur de la République ou encore le gouverneur de Conakry, le commandant Sékou Resco Camara qui peine à incarner un régime civil démocratique avec son béret rouge et ses menaces dignes de l’époque Conté ou Dadis Camara, ont tenu des propos provocateurs visant explicitement ou implicitement la communauté peul, et cela sans que le président ne s’en émeuve. Il a semblé au contraire aller dans le même sens, en multipliant des allusions à des citoyens jamais identifiés adeptes du «sabotage» des actions de l’Etat, des non-dits qui rappellent de mauvais souvenirs en Guinée.

La mobilisation politique sur l’ethnicité n’est pas unique à la Guinée et il n’est pas réaliste d’espérer la voir reculer à court terme. Mais il y a des limites qui ne doivent pas être franchies, au risque de favoriser le passage de la violence rhétorique aux violences physiques intercommunautaires. Que des extrémistes qui ne jurent que par le référent ethnique existent aussi bien dans le camp de l’UFDG de Cellou Dalein Diallo que dans celui du président Condé ne change rien à la responsabilité singulière de ceux qui, aujourd’hui, incarnent le pouvoir d’Etat. La perspective des législatives ne saurait en aucun cas justifier une stratégie de la tension politico-ethnique. Lorsque des discours vicieux tolérés par les autorités publiques pénètrent les esprits de cercles de jeunes peu éduqués et frustrés par les conditions socioéconomiques d’un pays en crise depuis des décennies, qu’ils soient peul, malinké, soussou ou kissi, le pire n’est plus à exclure comme l’a montré l’exemple ivoirien. Les forces sociales et traditionnelles positives qui en Guinée ont souvent prôné la modération et la cohabitation pacifique des communautés ne résisteront pas indéfiniment au jeu malsain de ceux qui attisent les tensions à des fins politiques.

Processus électoral dans un contexte de suspicion généralisée


Il faut espérer que les propos conciliateurs tenus par le président Condé dans son discours de commémoration de l’indépendance le 2 octobre inaugurent une phase de rectification de sa gouvernance politique. Il nourrit manifestement de grandes ambitions pour son pays.

Aucun des objectifs de développement économique et social ne sera cependant atteint au bout de son mandat de cinq ans s’il n’opte pas pour le dialogue, la négociation et l’apaisement. Dans l’immédiat, l’organisation des élections législatives sur des bases consensuelles est la priorité. Il convient pour le gouvernement de suspendre tous les préparatifs électoraux, pour le président de rencontrer en personne les chefs des partis politiques du collectif pour la finalisation de la transition et de conclure avec eux un accord sur toutes les modalités du processus électoral. Dans un contexte de suspicion généralisée qui a peu de chances de changer dans les prochaines semaines, l’implication de facilitateurs extérieurs est indispensable: la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union africaine (UA) et les Nations unies doivent dès maintenant conduire une mission de bons offices à Conakry pour faciliter le dialogue politique et offrir ensuite une assistance technique pour l’organisation des élections législatives.

(Publié sur slateafrique.com le 5 octobre 2011)