mardi 9 juillet 2013

Au Mali : ne pas rajouter une crise à la crise



La fenêtre pour décider d’un report du premier tour de l’élection présidentielle prévu le 28 juillet est en train de se fermer. Le Conseil constitutionnel a validé 28 candidatures et la campagne électorale a commencé ce dimanche 7 juillet. Le ministre de l’Administration territoriale reste convaincu que « toutes les conditions pour le déroulement des élections dans la transparence et la crédibilité » sont réunies. Il a récemment rappelé que son département était le seul chargé d’organiser l’élection, un message clair adressé à la Commission électorale nationale indépendante (CENI), doté d’un mandat de supervision, qui n’a cessé d’évoquer les nombreuses « imperfections » dans la préparation technique du scrutin. 

Un report de courte durée demeure le choix le plus raisonnable, mais il semble de moins en moins probable. Si le Mali vote le 28 juillet, l’élection risque d’être marquée par de telles insuffisances techniques et un taux de participation si faible qu’elle pourrait bien ne pas donner au président élu le degré de légitimité nécessaire pour engager un pays déboussolé et très affaibli sur la voie de la reconstruction. Si ce mauvais choix est maintenu, il faudra au moins prendre toutes les mesures sécuritaires, logistiques et politiques pour limiter la gravité d’une éventuelle crise postélectorale. 

Depuis que des centaines de personnes sont mortes dans des violences postélectorales en Côte d’Ivoire et ailleurs sur le continent, beaucoup semblent penser qu’une élection présidentielle africaine est réussie dès lors qu’elle ne se prolonge pas en sanglantes confrontations. Il est vrai que le Mali ne court pas ce risque et cela est heureux. La détermination à maintenir la date du 28 juillet pouvait même se justifier par de bonnes raisons jusqu’à ces dernières semaines : elle a servi à mettre la pression nécessaire pour la conclusion d’un accord de paix préliminaire entre le gouvernement de transition et les groupes armés touareg du Nord et pour une accélération des préparatifs électoraux par des autorités de transition. 

Mais aujourd’hui, les mauvaises raisons ont remplacé les bonnes : il faut voter le 28 juillet, coûte que coûte, même si un grand nombre d’électeurs ne pourront recevoir leurs cartes d’identification nationale à temps, même si l’administration n’est pas déployée partout dans le Nord… parce que le gouvernement malien s’est engagé sur cette date, parce qu’il faut mettre un terme au plus vite à la transition, parce qu’un président même mal élu sera plus légitime qu’un président intérimaire, parce qu’un report de quelques semaines n’améliorera pas significativement la qualité du processus électoral, parce que les partenaires du Mali veulent des élections avant de débloquer les généreuses aides promises, parce que le président français a dit entre-temps qu’il serait intraitable sur la date de l’élection au Mali…

Derrière ces arguments plus ou moins assumés, il y a un scepticisme quant à l’utilité même de l’exercice électoral si ce n’est qu’il permet de cocher une case indispensable pour pouvoir passer ensuite aux choses sérieuses. C’est comme si chacun avait fini par se convaincre que, bien organisé, populaire, imparfait, très imparfait ou calamiteux, ce scrutin présidentiel ne fera pas une grande différence pour l’avenir du Mali. Ce n’est pas totalement faux. Même une élection crédible et techniquement réussie ne suffirait pas à rebâtir la démocratie, introduire de l’éthique dans la gestion des affaires publiques, reconstruire l’appareil sécuritaire et réconcilier la société malienne avec elle-même. Mais se résigner si facilement à une élection présidentielle « imparfaite », qui pourrait mobiliser encore beaucoup moins que les 36 % des électeurs inscrits du scrutin présidentiel de 2007, est une curieuse manière d’encourager la démocratie au Mali.

Si effectivement, comme tout le laisse penser, les Maliens votent dans trois semaines, il faudra tout faire pour empêcher une élection imparfaite de se muer en élection catastrophique. Les autorités maliennes, la mission des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) effective seulement depuis le 1er juillet, et les forces françaises de l’opération Serval doivent rester vigilantes face au risque d’attentats terroristes pendant la campagne électorale et le jour du vote. Il faut aussi profiter des trois semaines qui restent pour distribuer un maximum de cartes, communiquer aux électeurs l’emplacement des bureaux de vote pour limiter le désordre le jour du vote et informer largement les candidats et les Maliens sur les garanties de transparence des opérations postélectorales immédiates (de la centralisation des résultats à la proclamation des résultats provisoires). La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union africaine et les Nations unies doivent travailler de concert avec les autorités maliennes à la sécurisation de l’ensemble du processus électoral.

Enfin, il faut impérativement obtenir de tous les candidats à l’élection présidentielle, en plus du code de bonne conduite qu’ils ont déjà signé, un engagement solennel à respecter les résultats de l’élection ou à les contester exclusivement par les voies légales et à reconnaître le verdict définitif de la Cour constitutionnelle. Les candidats doivent publiquement confirmer leur acceptation des imperfections connues et déjà prévisibles du processus électoral et s’engager à ne pas en faire des arguments de contestations lorsque 26 ou 27 d’entre eux auront été éliminés de la course à l’issue du premier tour.   
Louise Arbour et Gilles Yabi, tribune publiée dans le Figaro du 9 juillet

Louise Arbour est la présidente de l’organisation International Crisis Group et Gilles Yabi le directeur du Projet Afrique de l’Ouest. 

lundi 29 avril 2013

Sauvé du crash, le Mali n'est pas encore tiré d'affaire

Votée le 25 avril, la résolution 2100 du Conseil de sécurité a autorisé le déploiement d’une mission de stabilisation des Nations unies au Mali (Minusma) qui prendra le relais de l’actuelle Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (Misma). La mutation doit intervenir en juillet, « si les conditions de sécurité le permettent ». Les Casques bleus, soldats et policiers, devraient être 12 600, et ils devront pouvoir compter, en cas de « danger grave et imminent », sur le soutien des forces françaises, 2 000 en juillet puis un millier en fin d’année, selon Paris.

Les Maliens ne débordent pas d’enthousiasme à l’idée de l’installation à durée indéterminée d’une grosse machine onusienne civile et militaire, mais ils ont compris qu’ils n’ont pas le choix. Ils savent que l’inconséquence et la démission de leurs élites dirigeantes politiques et militaires pendant au moins une décennie ont affaibli l’État à un point tel qu’il avait déjà cessé d’exercer sa souveraineté sur une partie de son territoire. C’est bien à la reconstruction de la légitimité de cet État aux yeux de toutes les composantes de la nation malienne, et de sa capacité à assurer la sécurité et les services sociaux de base sur l’ensemble du territoire qu’il faut s’atteler. L’intervention militaire a réglé la partie de l’immense problème que quelques milliers de soldats, des avions de chasse, des technologies de pointe, peuvent régler. Ce qu’il reste à faire est dantesque et exige une stratégie politique globale pilotée par les Maliens et soutenue par  la composante civile de la Minusma et l’ensemble de la communauté internationale.  


Les missions de paix de l’ONU n’ont pas une réputation extraordinaire en matière de rétablissement durable de la sécurité et de restauration d’un État fonctionnel. Mais il n’y a pas d’alternative lorsque le pays n’a plus de ressort politique interne et que les capacités de ses voisins et de l’organisation régionale compétente laissent également à désirer. À défaut de pouvoir faire plus qu’assurer une présence sécuritaire significative dans les villes et bourgades du nord du Mali et de patrouiller sur les axes les plus fréquentés par les populations, les soldats de la Misma, une fois transformés en Casques bleus, auront au moins des moyens de communication appropriés, des véhicules, des hélicoptères, et toute la logistique exigée par le terrain.


Incertitude


Cela restera cependant une mission particulièrement difficile tant est grande l’incertitude sur les capacités résiduelles des combattants islamistes chassés des villes du nord du Mali, leur localisation actuelle et leur stratégie future. Même si les forces onusiennes ne sont pas mandatées pour mener des opérations contre-terroristes, elles seront considérées comme des cibles au même titre que les forces maliennes et françaises. La poursuite des opérations de sécurisation jusqu’en juillet devrait continuer à réduire le risque d’attaques terroristes mais elle sera loin de l’éliminer. Ce prolongement de la guerre totale à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et à ses alliés, qui avaient pris le contrôle du nord du Mali pendant près d’un an, était attendu. Il faudra vivre avec.


Le défi politique est aujourd’hui plus important que celui de la gestion sécuritaire de court terme. Depuis le double choc de l’an dernier au nord et au sud, il n’y a plus de pilote dans l’avion malien et ce dernier n’a plus de toute façon ni réacteur en bon état ni kérosène. Dans la cabine de passagers, ce n’est pas plus reluisant : les élites de la première classe, assommées par les évènements, sont divisées et se rejettent la responsabilité du détournement du kérosène et de l’argent qui aurait dû permettre d’entretenir les moteurs. Tandis que les Maliens de la classe économique, tout aussi déboussolés, s’entre-déchirent sur des bases communautaires, s’accusant les uns les autres d’être pro-rebelles touaregs, pro-islamistes, pro-putsch, pro-narcotrafiquants… À l’avant comme à l’arrière, très peu semblent prêts à se concentrer d’abord sur la recherche de solutions pour éviter une nouvelle plongée dans le vide, après avoir été sauvé in extremis du crash par l’intervention internationale en janvier.


L’ambition des autorités de transition d’organiser une élection présidentielle coûte que coûte en juillet est louable, et épouse les injonctions de Paris sur l’urgence électorale, mais cela ne représente pas un début de programme politique de sortie de crise. Même s’il faut bel et bien aller aux élections le plus vite possible pour donner un pilote à l’avion en perdition, serait-ce raisonnable de n’absolument rien faire avant cette échéance en matière de dialogue intercommunautaire et de redéploiement effectif et visible de l’État dans tous les cercles de région du Nord ?


Objectifs modestes


À quoi ressemblerait une campagne électorale dans une atmosphère de suspicion généralisée entre plusieurs composantes du corps social, laquelle pourrait être exploitée par des candidats prêts à tout pour arriver au pouvoir à Bamako ? Soyons clairs. Il ne s’agit pas de se donner des objectifs grandioses en termes de réconciliation nationale, de rétablissement de l’autorité de l’État, de retour des réfugiés au Nord ou même de sécurisation totale du territoire avant l’organisation des élections. Celles-ci sont urgentes et souhaitées par l’écrasante majorité des acteurs politiques maliens. Il faut soutenir cet élan. Mais cela ne doit pas pousser à une organisation bâclée créant les conditions d’une crise postélectorale qui ferait à nouveau décrocher l’avion malien.


Il faut se donner des objectifs modestes avant l’élection présidentielle. Le dialogue inter-malien doit commencer maintenant, par des concertations locales au Nord, à l’échelle des cercles puis des régions, et  inclure les représentants de toutes les formes de légitimité : élus locaux, autorités traditionnelles et religieuses, organisations féminines et mouvements de jeunes, notamment ceux qui se sont organisés pendant les mois d’occupation pour résister et jouer le rôle d’interface entre les populations et les groupes armés.


Les responsables du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) doivent comprendre de leur côté qu’il est dans leur intérêt de renoncer à la lutte armée et à l’exigence de négociations exclusives avec le gouvernement sur le modèle des années 1990. Ce dernier doit par contre engager des discussions discrètes permettant d’éviter toute reprise d’affrontements armés notamment à Kidal et de créer les conditions du dépôt volontaire des armes par le MNLA.


La deuxième exigence avant les élections est un redéploiement significatif de l’État au Nord, accompagné par une impulsion économique minimale et une forte association de la société civile locale, de manière à apaiser les cœurs et à créer de l’intérêt pour la participation électorale. Dans ces deux domaines prioritaires à court terme, la communauté internationale doit apporter une aide conséquente mais exigeante, contrôlée sur le terrain et coordonnée. Ce serait dramatique que viennent s’ajouter aux défaillances des moteurs, de l’équipage et des disputes des passagers de l’avion Mali une bagarre d’ego et d’influence entre les contrôleurs aériens extérieurs censés l’aider à atterrir en douceur. Il faut en particulier désamorcer au plus tôt la tension qui affleure entre les organisations africaines d’une part, Cedeao et Union africaine, et l’ONU de l’autre, sur la question du leadership politique de l’action internationale.


Publié sur jeune afrique.com le 29 avril 2013

vendredi 1 février 2013

Au Mali, privilégier la restauration de l'État

Déclenchée le 11 janvier par la France, l’opération Serval ne s’est pas contentée de bloquer l’offensive des groupes armés islamistes vers le Sud du Mali, objectif initialement affiché par Paris. Elle a permis de les chasser en un temps record des deux plus grandes villes du Nord du Mali, Gao et Tombouctou, et de donner à ce qui reste de l’armée malienne le sentiment de participer à la reconquête du territoire qu’il n’a pas su ni voulu défendre l’an dernier. Il n’y a pas lieu de faire la fine bouche : l’intervention française était non seulement nécessaire et vitale au moment où elle a été déclenchée mais la reprise des villes du Nord est effectivement vécue comme une « libération » par des populations abandonnées depuis neuf mois au règne brutal de groupes dépourvus d’une quelconque légitimité. C’est ce qui explique le soutien certes quelque peu gêné mais franc de l’Union africaine à l’action militaire d’une ex-puissance coloniale dont les interventions suscitent généralement, et à raison, de sérieuses controverses. Mais les succès militaires n’ouvriront une réelle opportunité pour une stabilisation du Mali et de son voisinage que si le volet militaire et sécuritaire s’insère dans une stratégie globale qui se décline dans le temps et dans l’espace de manière raisonnée et coordonnée.

A très court terme, la priorité est de contenir les risques de dérapages violents associés au redéploiement de l’armée malienne dans le Nord. Après l’humiliation subie l’an dernier face aux combattants du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA, rébellion séparatiste Touareg), du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), d’Ansar Eddine et d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), la tentation de représailles violentes de soldats maliens et/ou de jeunes mobilisés dans des milices communautaires visant les « peaux claires » (Touareg, Arabes, Maures…) mais aussi des Peuls suspectés d’avoir soutenu les indépendantistes Touareg ou les groupes islamistes est réelle. Les exactions des militaires maliens, qui ont été signalées ici et là, doivent être contenues et leurs auteurs immédiatement sanctionnés. Autrement, une réoccupation du Nord ponctuée de règlements de comptes  entravera le retour des dizaines de milliers de déplacés et de réfugiés, annihilera tout espoir de paix entre les communautés du Nord du Mali pendant des années, et entretiendra un terreau favorable aux groupes criminels opportunistes, qu’ils soient terroristes ou acteurs du trafic de drogue dans la bande sahélo-saharienne. Sans une pacification des relations intercommunautaires et l’établissement d’un lien fort entre l’Etat et les résidents des vastes espaces du Nord du Mali, le contrôle sécuritaire de ces régions restera illusoire.


La France ne doit pas céder à l’illusion d’une victoire militaire totale contre le terrorisme dans cette partie du continent africain. Ce qu’elle a fait et est en train d’achever est de dénier à AQMI l’occupation sereine de la majeure partie du territoire d’un Etat dont la déliquescence au cours des dernières années a agi comme un aimant de toutes sortes de groupes criminels. Même considérablement affaibli et désorganisé, le noyau dur des jihadistes, dont la mobilité est un mode de vie, a la capacité de trouver de nouveaux sanctuaires dans une Afrique du Nord qui ne s’est pas remise des « printemps arabes » et encore moins de l’effondrement libyen. Une victoire sur AQMI au Mali ne sera que provisoire si le danger est simplement exporté plus au nord, en Algérie ou jusqu’aux confins de la Libye et de la Tunisie. La France ne peut pas à elle seule mener et encore moins gagner cette guerre-là qui est à durée indéterminée.


La reconquête militaire du Nord du Mali ne doit pas conduire les autorités de Bamako à négliger l’indispensable et urgente relance d’un processus politique de reconstruction d’un Etat malien légitime aux yeux de toutes les composantes ethniques du pays du Nord au Sud. Il faut laisser une porte de sortie politique aux groupes comme le MNLA et les dissidents d’Ansar Eddine qui, par instinct de survie ou opportunisme, accepteraient de renoncer à la lutte armée contre l’Etat malien sans pour autant leur octroyer un brevet automatique de légitimité à parler au nom d’une communauté spécifique du Nord, notamment les Touareg qui ne constituent nullement un bloc monolithique. Un dialogue national est plus que jamais nécessaire pour consolider les institutions de transition, définir un calendrier électoral réaliste et réunir les représentants des différentes communautés du Nord et du Sud autour du triple objectif de restauration de la sécurité au Nord, de l’apaisement des tensions intercommunautaires partout dans le pays et de la construction d’un Etat de droit. 


(Tribune publiée dans Le Figaro du 1er février 2013)

mercredi 12 décembre 2012

MALI. Le départ du 1er ministre, "bonne et mauvaise nouvelle"


Le nouveau coup de force de l'armée, qui vient de déposer le Premier ministre de transition, pourrait paradoxalement aider à la sortie de crise... Interview du chercheur Gilles Yabi


Comment expliquez-vous l'éviction soudaine du Premier ministre de transition Cheikh Modibo Diarra par l'ex-junte qui avait fait tomber en mars dernier le président malien Amadou Toumani Traoré ? Vous a-t-elle surpris ?


On savait depuis plusieurs mois que Cheikh Modibo Diarra était politiquement affaibli. Déjà en juillet, il avait subi des pressions internes et externes, y compris de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), pour le faire partir.

Il n'avait alors réussi à se maintenir qu'en allant chercher des soutiens dans la société civile, notamment auprès des forces religieuses. Son départ n'est donc pas une surprise – peu de personnes, au Mali et à l'étranger, souhaitaient le voir rester.

Qu'est-ce qui lui était reproché ?


- La junte du capitaine Sanogo reproche sans doute à Cheikh Modibo Diarra d'une part d'avoir montré sa volonté d'indépendance, alors que c'est elle qui l'avait choisi à la suite de l'accord du 6 avril qu'elle avait négocié avec la Cédéao, et d'autre part d'avoir affiché ses ambitions personnelles présidentielles aux dépens de sa mission qui devait être de gérer la double crise que traverse le Mali : la crise au nord, tombé aux mains de groupes islamistes armés alliés d'Al-Qaïda, et au sud, en préparant les élections.

Le Premier ministre a perdu ainsi le soutien des militaires après s'être mis à dos la classe politique malienne. Depuis le début, cette dernière lui reprochait non seulement d'avoir été nommé par la junte, mais également de se montrer plus intéressé par son propre avenir politique que par la gestion de la crise. Il a réussi à faire l'unanimité contre lui. La junte l'a probablement démis avec l'assentiment tacite de la plupart des acteurs politiques.

Cette éviction manu-militari confirme donc l'influence des militaires…


- A l'évidence. Et ce n'est finalement pas le départ de Cheikh Modibo Diarra qui pose problème mais bien les circonstances de ce départ : elles montrent que le pouvoir militaire a la possibilité de choisir les autorités civiles de transition. Cette influence des putschistes, qui avait été actée par l'accord du 6 avril, n'a pas véritablement varié depuis. Certes, Sanogo a été nommé entre-temps par décret à la tête d'un comité de réforme des forces de sécurité, ce qui était une manière de le cantonner dans un rôle militaire, mais la garnison de Kati, qui abrite les militaires, demeure bel et bien un des pôles du pouvoir.


Que pensez-vous de la nomination du médiateur de la république Diango Cissoko à la place de Cheikh Modibo Diarra ?


C'est une personnalité plus consensuelle. Premièrement, de par sa position de médiateur de la république, il a dû côtoyer tous les acteurs politiques maliens tout en maintenant une distance avec eux. Deuxièmement, il a une très longue expérience des rouages de l'Etat malien, dans lequel il a occupé différents postes, comme secrétaire général de la présidence ou au cabinet du Premier ministre.


Mais alors pourquoi ne pas avoir fait ce choix plus tôt ?


On en revient à la manière dont l'après-coup d'Etat a été géré… et à l'accord du 6 avril. C'est à la junte qu'avait été donnée la responsabilité de nommer le Premier ministre et elle avait alors choisi quelqu'un qu'elle pensait pouvoir contrôler.


Diango Cissoko est-il lui aussi le choix de la junte ?


On est dans une phase où les militaires semblent chercher à ne pas se mettre à dos la communauté internationale tout en préservant leurs intérêts. Ils vont affirmer, ou du moins essayer de faire croire, que le pouvoir est réellement entre les mains du président intérimaire Dioncounda Traoré et du nouveau Premier ministre. Cela se voit dans la manière dont le capitaine Sanogo a présenté l'éviction de Cheikh Modibo Diarra : il a cherché à se positionner comme une sorte de garant du bon fonctionnement de la transition. Avec bien évidemment une arrière-pensée : que les autorités civiles ménagent et protègent les militaires.


Vous ne craignez pas que les militaires se soient débarrassés de Cheikh Modibo Diarra, partisan d'un soutien militaire international, pour se lancer seuls dans la reconquête du Nord ?


Cela aurait été en effet l'un des plus grands risques, que l'armée se lance derrière Sanogo dans une reconquête du Nord sans soutien international au prétexte que le Mali ne puisse pas attendre le déploiement d'une force internationale au deuxième semestre 2013. Mais je ne crois pas que ce soit un danger immédiat. Car bien qu'il y ait une impatience affirmée à libérer le Nord du pays, je ne pense pas, au fond, que les militaires maliens aient, quoiqu'ils en disent, une farouche envie d'aller se battre au Nord. Je ne pense pas non plus que les autorités de transition valideraient une opération militaire malienne sans accompagnement ni validation de la communauté internationale.


Qu'attendre du nouveau Premier ministre ?


Il a annoncé ses priorités, qui sont celles de la transition. A commencer par un dialogue national, dont le but est de formuler une feuille de route qui indique aux acteurs internationaux ce que les Maliens eux-mêmes pensent de la gestion de la crise et de ses modalités. Sont-ils d'accord ou non avec son volet diplomatique – la négociation avec les acteurs armés au Nord du pays qui se désolidarisent des terroristes – et son volet sécuritaire et militaire – la mission d'entraînement et de structuration de l'armée malienne par les formateurs européens qui doit débuter en début d'année et le déploiement d'une force militaire internationale ? Ils vont devoir répondre.


Je crois que le nouveau Premier ministre a la capacité de mener ce processus sans être soupçonné de visées personnelles. Contrairement à son prédécesseur. Je crois même que sa nomination va permettre de sortir de certaines impasses, de débloquer un peu la situation à Bamako. Je pense aussi – du moins il faut l'espérer – qu'il va avoir un discours plus modéré, plus clair et plus pédagogique afin de mieux expliquer à l'opinion publique malienne que la reconquête du Nord par la force sans penser aux risques et au lendemain ne peut être une solution viable de sortie de crise.


Pour ce qui est des négociations avec les groupes armés du Nord, je ne m'attends pas à ce qu'il change fondamentalement l'attitude adoptée par Bamako. D'ailleurs Cissoko a déjà annoncé comme l'une de ses priorités la mise en place de la commission nationale de négociations. Peut-être Bamako va-t-il même s'investir plus dans ces discussions.


Moralité, le changement de Premier ministre est finalement plutôt une bonne nouvelle ?


Disons qu'il y a une bonne et une mauvaise nouvelle… La bonne nouvelle, c'est le départ de Cheikh Modibo Diarra. La mauvaise nouvelle, c'est que les militaires gardent le contrôle des affaires et demeurent une force incontournable. Au niveau international, il faut se saisir de ce moment pour le transformer en véritable opportunité. Premièrement, il faut aller appuyer très vite le nouvel exécutif de transition et le processus politique à Bamako et, deuxièmement, trouver un compromis avec l'armée : ne pas valider son rôle politique tout en reconnaissant son rôle militaire.


Interview  Nouvelobs.com, Par 

lundi 19 novembre 2012

Mali: No Quick Fixes for a Complex Crisis

The Economic Community of West African States (Ecowas) has agreed on a revised concept of operations for the deployment of an international military force of 3,300 soldiers to help the Malian state wrest control of the northern part of the country from Islamist fighters.

This step, taken on November 11 following a collective effort by regional and international partners, is welcome. But military intervention alone cannot solve the country's deep crisis.

The situation in Mali is desperately fractious. A military coup toppled the government in March, while separatists and al-Qaeda-linked fundamentalists took over the northern half of the country. Mali is now divided geographically, politically, militarily and religiously.

The need for international intervention, with precisely identified objectives, is clear. The next step will be a resolution at the United Nations Security Council, expected by the end of this month, giving authorisation to the new mission. However, getting boots on the ground will take far longer. The restructuring and training of Malian units by a separate mission conducted by the European Union will also take some time.


In the meantime, a political process is vital. It is necessary to make sure that the various communities of Mali truly agree on which groups should be targeted by the use of force. Some of the groups controlling the northern part of the country are clearly beyond the pale - they are terrorist groups, and they are not interested in coming to the negotiation table.


However, the situation in Mali should not be looked at solely through the lens of anti-terrorism. It is critical to isolate extremist outfits from other armed and non-armed groups in northern Mali whose grievances could be discussed within a formal framework for national dialogue.

In this regard, Algeria's recent involvement as a facilitator for preliminary talks with one of the groups, Ansar Dine, is quite positive.

Still, these discussions - conducted mainly in Burkina Faso, whose President Blaise Compaoré was appointed some months ago as the Ecowas mediator for Mali - should not end in an agreement tailored to fit the local agenda of a few opportunistic leaders of an armed group. They need to include legitimate demands of the population in the north as well. A previous effort in 2006 failed for exactly that reason, and the international community should be careful not to repeat this mistake.


In addition, efforts should address the political crisis in the south and in Bamako. The growing suspicions about the transitional authorities' personal ambitions constitute an obstacle to the resolution of the crisis. The decision taken by West African heads of state at the recent Ecowas summit that the interim president and prime minister, as well as other members of the transitional government, shall not be candidates in the next election will frustrate them. But they need to confirm their willingness to respect this commitment and focus their minds on the key challenges of the next few months.


Thankfully, the international community has finally come together in recognising the complexity of the crisis, and most acknowledge that the military intervention is just part of the global strategy needed to solve it gradually. There is now more coherence and coordination than in the last few months and the creation of the positions of UN and African Union special envoys on Mali and Sahel should help in keeping consensus on the way forward.


There are no quick fixes and the risk of escalation in the region is huge if Ecowas, the AU, the European Union and key members of the UN Security Council get it wrong.



allAfrica.com  |   19 Novembre 2012


lundi 20 août 2012

Mali : la force n'est pas "la solution"

Depuis que le Mali a basculé dans un coma profond, frappé par la résurgence d'une rébellion touarègue et par un coup d'État militaire, la seule interrogation qui vaille semble être celle de savoir quand l'intervention militaire ouest-africaine ou internationale aura lieu. La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) est-elle capable de déployer une force ? Avec quel mandat ? Bénéficiera-t-elle des renseignements militaires et de l'appui aérien de la France et des États-Unis, présents et actifs à des degrés différents dans la bande sahélo-saharienne ? Sera-t-elle acceptée par le voisin algérien ?

Dès lors que les groupes armés islamistes adossés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ont expulsé les rebelles touaregs indépendantistes des villes du Nord, les derniers doutes sur l'opportunité d'une réponse militaire se sont envolés chez nombre d'acteurs et d'observateurs. Avec qui peut-on encore envisager de négocier, demande-t-on à ceux qui appellent à une approche politique ? Avec des djihadistes qui veulent imposer leur vision de ce que devrait être la vie d'un bon musulman ? Avec des preneurs d'otages, d'authentiques terroristes ou des trafiquants de drogue ? 

Devant le choc légitime de nombre de Maliens face aux souffrances de leurs compatriotes des régions de Gao, Tombouctou, Kidal ; face à l'hébétude de beaucoup de voisins d'Afrique de l'Ouest découvrant que la menace islamiste est à leur porte ; devant les craintes des pays occidentaux, en particulier européens, de l'apparition d'un "nouvel Afghanistan" à distance de chameau de leurs capitales, il est difficile d'identifier les réponses possibles à la crise. 

La question à se poser aujourd'hui n'est pas celle de savoir si une action militaire contre les groupes armés est inévitable ou non. Il faut examiner tous les symptômes présentés par le patient malien, saisir la complexité des rapports des différentes communautés originaires du Nord, entre elles, et entre elles et celles du Sud, et appréhender les intérêts des pays voisins. Lorsqu'on fait ce travail, les certitudes sont rares. Sauf peut-être celle qui consiste à estimer que l'usage de la force ne peut être qu'une option complémentaire à une approche politique mais ne saurait être "la solution".

Les acteurs de la crise sont eux-mêmes incapables d'anticiper les conséquences de leurs initiatives. Le Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA), qui a déclenché la rébellion, s'est fait déborder par une force islamiste qu'il a dans un premier temps négligée. Ansar Eddine, le groupe dirigé par Iyad Ag Ghali, ancien rebelle touareg de Kidal qui avait voulu prendre la tête du MNLA au moment de sa création, s'est prestement allié aux chefs d'Aqmi, majoritairement algériens. Le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), que nul ne connaissait encore il y a quelques mois, a fait son lit à Gao et affirme, par son recrutement à la fois multiethnique, local et multinational, une ambition politico-religieuse moins "étrangère" que sa maison mère, Aqmi. 

Tous ces mouvements ont prospéré sur le terreau fertile des trafics transsahariens, du business des rançons payées pour récupérer des otages occidentaux et de l'aubaine provoquée par le chaos en Libye, pourvoyeuse de nouvelles armes. De leur côté, les putschistes emmenés par le capitaine Amadou Haya Sanogo n'ont fait qu'aider les groupes rebelles à parachever leur conquête du Nord en mettant l'État à terre.
C'est cet État qu'il faut impérativement remettre sur pied. Dès lors qu'un gouvernement représentatif des principales forces politiques et sociales aura été mis en place, les acteurs régionaux et internationaux devront afficher un soutien clair à l'État malien à travers la reprise de l'aide extérieure, l'assistance à la protection des institutions de transition et des mesures immédiates en faveur de la restructuration de l'armée. Il faut éviter à tout prix une mobilisation des jeunes dans des milices communautaires supplétives à une armée désorganisée. Emprunter cette voie, ce serait ouvrir une boîte de Pandore de laquelle s'échapperaient de nouveaux monstres qui enterreraient pour longtemps les espoirs de paix au Mali et dans l'ensemble de la région.

 Jeune Afrique  |   20 Août 2012

mardi 7 août 2012

Mali: remettre de l'ordre au Sud

Le retour à Bamako du président intérimaire Dioncounda Traoré le 27 juillet 2012 et son discours rassembleur du 29 juillet sont de bonnes nouvelles pour le Mali, mais les obstacles à une normalisation politique sont encore nombreux. La bataille farouche pour le contrôle de la transition n’est pas terminée.

Certains contestent toujours la légitimité de l’ancien président de l’Assemblée nationale sous Amadou Toumani Touré (ATT) à diriger le pays pendant cette période critique de transition.


Doter le pays d’une tête unique
 
A Bamako, peu après l’agression au marteau du président Traoré le 21 mai 2012, nombre d’interlocuteurs maliens et étrangers déploraient l’ignoble attaque mais faisaient remarquer que la victime était particulièrement impopulaire. Mais en l’absence d’élections, sur quoi se fonde-t-on pour mesurer la popularité de tel ou tel autre ? Est-ce le moment approprié pour un concours de beauté entre les leaders politiques maliens ? Qui parmi les responsables des principaux partis politiques fait rêver les populations ? Et lequel parmi eux n’a jamais été associé d’une manière ou d’une autre à la gestion des affaires publiques et peut incarner sans l’ombre d’un doute une gouvernance vertueuse ?

Au point où en est le Mali aujourd’hui, ce qui est important n’est pas d’épiloguer sur la popularité du président et sur ses défauts ou qualités présumés, mais de doter le pays d’une tête unique pour incarner l’Etat, d’institutions de transition représentatives de la diversité politique et sociale de l’ensemble du pays, d’un cadre formel et transparent pour entamer des négociations avec les groupes armés non terroristes du Nord qui le souhaitent et d’un plan immédiat de restructuration de l’armée. 

Au Nord, les islamistes imposent leur loi 

Les groupes armés islamistes observent tranquillement depuis Gao, Tombouctou et Kidal ce qui reste de l’Etat malien peiner à se relever et à s’organiser. Les populations restées dans ces zones vivent le mois sacré du Ramadan dans une incertitude radicale sur leur avenir. Les islamistes semblent tout faire pour attirer l’attention, et pour accréditer l’idée qu’ils sont bien des clones en terre saharienne africaine des Talibans d’Afghanistan. Le dernier épisode en date est la lapidation à mort d’un couple qui aurait eu des enfants hors mariage à Aguelhok, la localité qui a déjà été le théâtre des plus graves exactions pouvant relever de la catégorie des crimes de guerre pendant la conquête du Nord par les forces islamistes d’Ansar Dine et la rébellion touareg du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA). La situation humanitaire au Nord du Mali est dramatique. Personne ne peut en douter.

Pas de solution immédiate 

Mais ce n’est pas une escalade guerrière, à coups de mobilisation de milices au Sud aux côtés d’une armée malienne toujours dominée par des ex-putschistes, dont certains sont responsables de tortures, d’exécutions sommaires et d’enlèvements de journalistes, qui ramènera la paix et la sérénité dans un Nord multiethnique.
La crise malienne a dépassé depuis longtemps le seuil de réversibilité rapide. Il n’y a tout simplement plus de solution à chercher et à espérer à court terme. Et pas de solution qui soit exclusivement ou même principalement militaire.

Les appels en faveur d’une intervention armée qui résoudraient le problème de l’abandon de l’immense territoire du Nord du Mali aux combattants d’Ansar Dine et du Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), tous nourris au lait du groupe terroriste d’Al Qaida au Maghreb Islamique (Aqmi) installé de longue date dans la région, n’ont cessé de résonner au cours des derniers mois.


Que ce soit au Mali, dans l’espace de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ou en France, l’ex-puissance coloniale dont six des ressortissants sont toujours retenus comme otages quelque part dans les sables mouvants du désert par Aqmi.


Le Nord-Mali n’est pas l’Afghanistan

Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, qui a fait une grande tournée en Algérie, au Mali, au Niger, au Burkina Faso, au Sénégal et au Tchad, ne ménage pas ses efforts pour défendre la nécessité, « à un moment ou à un autre », d’une intervention militaire conduite par les pays africains mais soutenue par la communauté internationale.

Les voisins du Mali, à l’exception peut-être de l’Algérie qui s’est de fait accommodée depuis quelques années de la présence d’Aqmi de l’autre côté de sa frontière sud, ont peur que le Mali ne devienne un sanctuaire pour des groupes qui prétendent poursuivre le djihad à coups de conquêtes territoriales armées et d’actes terroristes qui seraient légitimés par la grandeur de leur cause divine.


User et abuser de la comparaison du Nord-Mali avec l’Afghanistan, comme le font nombre de diplomates occidentaux et des chefs d’Etat ouest-africains, est cependant stérile et potentiellement contre-productif. La situation est grave mais encore circonscrite à une région certes vaste mais contenue dans les frontières maliennes.


D’abord consolider l’Etat à Bamako

Il faut éviter de faire déborder la crise sur les pays voisins et de provoquer une militarisation sans précédent d’une Afrique de l’Ouest dont les pays sont eux-mêmes individuellement très fragiles et peu préparés à se lancer dans une guerre contre des ennemis qui ne sont pas encore suffisamment isolés.

Il faut d’abord consolider l’Etat à Bamako, assainir et réorganiser son armée sans faire davantage de concessions aux ex-putschistes, protéger le Sud, et notamment son économie, et amener par la diplomatie les pays voisins qui ont des moyens potentiels de pression sur les groupes armés à faire partie de la solution.


Il a fallu des années de recul de la présence politique, économique et sociale de l’Etat, de négligence des risques liés à l’implantation d’islamistes importés et de trafiquants de drogue dans de vastes territoires, et le puissant choc externe qu’a été la guerre en Libye pour qu’on en arrive là. Il faut aujourd’hui s’assurer de commencer à remonter la pente, sans croire à l’existence d’une solution spectaculaire.

Slate Afrique  |   7 Août 2012